[§ 20] Mais revenant à mon sujet que j’avais quasi perdu de vue ; la première raison pour laquelle les hommes servent volontairement, c’est qu’ils naissent serfs et qu’ils sont élevés dans la servitude. De celle-là découle naturellement cette autre : que, sous les tyrans, les hommes deviennent nécessairement lâches et efféminés, ainsi que l’a fort judicieusement, à mon avis, fait remarquer le grand Huppcrate, le père de la médecine, dans l’un de ses livres intitulé : Des maladies1. Ce digne homme avait certes le cœur bon et le montra bien lorsque le roi de Perse voulut l’attirer près de lui à force d’offres et de grands présents ; car il lui répondit franchement2 qu’il se ferait un cas de conscience de s’occuper à guérir les Barbares qui voulaient détruire les Grecs et de faire rien qui pût être utile à celui qui écrivit à ce sujet, se trouve parmi les autres œuvres, et témoignera toujours de son bon cœur et de son beau caractère3. Il est donc certain qu’avec la liberté, on perd aussitôt la vaillance, les esclaves n’ont ni ardeur, ni constance dans le combat. Ils n’y vont que comme contraints, pour ainsi dire engourdis, et s’acquittant avec peine d’un devoir : ils ne sentent pas brûler dans leur cour le feu sacré de la liberté qui fait affronter tous les périls et désirer une belle et glorieuse mort qui nous honore à jamais auprès de nos semblables. Parmi les hommes libres, au contraire, c’est à l’envi, à qui mieux mieux, tous pour chacun et chacun pour tous : ils savent qu’ils recueilleront une égale part au malheur de la défaite ou au bonheur de la victoire ; mais les esclaves, entièrement dépourvus de courage et de vivacité, ont le cœur bas et mou et sont incapables de toute grande action. Les tyrans le savent bien : aussi font-ils tous leurs efforts pour les rendre toujours plus faibles et plus lâches.
[§ 21] L’historien Xénophon, l’un des plus dignes et des plus estimés parmi les Grecs, a fait un livre peu volumineux4, dans lequel se trouve un dialogue entre Simonide et Hiéron, roi de Syracuse, sur les misères du tyran. Ce livre est plein de bonnes et graves remontrances, qui, selon moi, ont aussi une grâce infinie. Plût à Dieu que tous les tyrans, qui aient jamais été, l’eussent placé devant eux en guise de miroir. Ils y auraient certainement reconnu leurs propres vices et en auraient rougi de honte. Ce traité parle de la peine qu’éprouvent les tyrans, qui, nuisant à tous, sont obligés de craindre tout le monde. Il dit, entre autres choses, que les mauvais rois prennent à leur service des troupes étrangères, n’osant plus mettre les armes aux mains de leurs sujets qu’ils ont maltraités de mille manières. Quelques rois, en France même (plus encore autre-fois qu’aujourd’hui), ont eu à leur solde des troupes étrangères, mais c’était plutôt pour épargner leurs propres sujets, ne regardant point, pour atteindre ce but, à la dépense que cet entretien nécessitait5. Aussi, était-ce l’opinion de Scipion (du grand Africain, je pense), qui aimait mieux, disait-il, avoir sauvé la vie à un citoyen que d’avoir défait cent ennemis. Mais ce qu’il y a de bien positif, c’est que le tyran ne croit jamais sa puissance assurée, s’il n’est parvenu à ce point de n’avoir pour sujets que des hommes, sans valeur aucune. On pourrait lui dire à juste titre ce que, d’après Térence6, Thrason disait au maître des éléphants : « Vous vous croyez brave, parce que vous avez dompté des bêtes ? »
[§ 22] Mais cette ruse des tyrans d’abêtir leurs sujets, n’a jamais été plus évidente que dans la conduite de Cyrus envers les Lydiens, après qu’il se fut emparé de Sardes, capitale de Lydie et qu’il eût pris et emmené captif Crésus, ce tant riche roi, qui s’était rendu et remis à sa discrétion. On lui apporta la nouvelle que les habitants de Sardes s’étaient révoltés. Il les eût bientôt réduits à l’obéissance. Mais en voulant pas saccager une aussi belle ville, ni être toujours obligé d’y tenir une armée pour la maîtriser, il s’avisa d’un expédient extraordinaire pour s’en assurer la possession : il établit des maisons de débauches et de prostitution, des tavernes et des jeux publics et rendit une ordonnance qui engageait les citoyens à se livrer à tous ces vices. Il se trouva si bien de cette espèce de garnison, que, par la suite, il ne fût plus dans le cas de tirer l’épée contre les Lydiens. Ces misérables gens s’amusèrent à inventer toutes sortes de jeux, si bien, que de leur nom même les Latins formèrent le mot par lequel ils désignaient ce que nous appelons passe-temps, qu’ils nommaient, eux, Lundi, par corruption de Lydie. Tous les tyrans n’ont pas déclaré aussi expressément qu’ils voulussent efféminer leurs sujets ; mais de fait ce que celui-là ordonna si formellement, la plupart d’entre eux l’ont fait occultement. À vrai dire, c’est assez le penchant naturel de la portion ignorante du peuple qui d’ordinaire, est plus nombreuse dans les villes. Elle est soupçonneuse envers celui qui l’aime et se dévoue pour elle, tandis qu’elle est confiante envers celui qui la trompe et la trahit. Ne croyez pas qu’il y ait nul oiseau qui se prenne mieux à la pipée, ni aucun poisson qui, pour la friandise, morde plus tôt et s’accroche plus vite à l’hameçon, que tous ces peuples qui se laissent promptement allécher et conduire à la servitude, pour la moindre douceur qu’on leur débite ou qu’on leur fasse goûter. C’est vraiment chose merveilleuse qu’ils se laissent aller si promptement, pour peu qu’on les chatouille. Les théâtres, les jeux, les farces, les spectacles, les gladiateurs, les bêtes curieuses, les médailles, les tableaux et autres drogues de cette espèce étaient pour les peuples anciens les appâts de la servitude, la compensation de leur liberté ravie, les instruments de la tyrannie7. Ce système, cette pratique, ces allèchements étaient les moyens qu’employaient les anciens tyrans pour endormir leurs sujets dans la servitude. Ainsi, les peuples abrutis, trouvant beau tous ces passe-temps, amusés d’un vain plaisir qui les éblouissait, s’habituaient à servir aussi niaisement mais plus mal encore que les petits enfants n’apprennent à lire avec des images enluminées. Les tyrans romains renchérirent encore sur ces moyens, en festoyant souvent les hommes des décuries8 en gorgeant ces gens abrutis et les flattant par où ils étaient plus faciles à prendre, le plaisir de la bouche. Aussi le plus instruit d’entre eux n’eût pas quitté son écuelle de soupe pour recouvrer la liberté de la république de Platon9. Les tyrans faisaient ample largesse du quart de blé, du septier de vin, du sesterce10 ; et alors c’était vraiment pitié d’entendre crier vive le roi ! Les lourdauds ne s’apercevaient pas qu’en recevant toutes ces choses, ils ne faisaient que recouvrer une part de leur propre bien ; et que cette portion même qu’ils en recouvraient, le tyran n’aurait pu la leur donner, si, auparavant, il ne l’eût enlevée à eux-mêmes. Tel ramassait aujourd’hui le sesterce, tel se gorgeait, au festin public, en bénissant et Tibère et Néron de leur libéralité qui, le lendemain, était contraint d’abandonner ses biens à l’avarice, ses enfants à la luxure, son rang même à la cruauté de ces magnifiques empereurs, ne disait mot, pas plus qu’une pierre et ne se remuait pas plus qu’une souche. Le peuple ignorant et abruti a toujours été de même. Il est, au plaisir qu’il ne peut honnêtement recevoir, tout dispos et dissolu ; au tort et à la douleur qu’il ne peut raisonnablement supporter, tout à fait insensible. Je ne vois personne maintenant qui, entendant parler seulement de Néron, ne tremble au seul nom de cet exécrable monstre, de cette vilaine et sale bête féroce, et cependant, il faut le dire, après sa mort, aussi dégoûtante que sa vie, ce fameux peuple romain en éprouva tant de déplaisir (se rappelant ses jeux et ses festins) qu’il fut sur le point d’en porter le deuil. Ainsi du moins nous l’assure Cornélius Tacite, excellent auteur, historien des plus véridiques et qui mérite toute croyance11. Et l’on trouvera point cela étrange, si l’on considère ce que ce même peuple avait fait à la mort de Jules César, qui foula aux pieds toutes les lois et asservit la liberté romaine. Ce qu’on exaltait surtout (ce me semble) dans ce personnage, c’était son humanité, qui, quoiqu’on l’ait tant prônée fut plus funeste à son pays que la plus grande cruauté du plus sauvage tyran qui ait jamais vécu ; parce qu’en effet ce fut cette fausse bonté, cette douceur empoisonnée qui emmiella le breuvage de la servitude pour le peuple romain. Aussi après sa mort ce peuple-là qui avait encore en la bouche le goût de ses banquets et à l’esprit la souvenance de ses prodigalités, amoncela12 les bancs de la place publique pour lui en faire honorablement un grand bûcher et réduire son corps en cendres ; puis il lui éleva13 une colonne comme Père de la patrie (ainsi portait le chapiteau), et enfin il lui rendit plus d’honneur, tout mort qu’il était, qu’il n’en aurait dû rendre à homme du monde, si ce n’est à ceux qui l’avaient tué. Les empereurs romains n’oubliaient pas surtout de prendre le titre de tribun du peuple, tant parce que cet office était considéré comme saint et sacré, que parce qu’il établit pour la défense et protection du peuple et qu’il était le plus en faveur dans l’état. Par ce moyen ils s’assuraient que ce peuple se fierait plus à eux, comme s’il lui suffisait d’ouïr le nom de cette magistrature, sans en ressentir les effets.
[§ 23] Mais ils ne font guère mieux ceux d’aujourd’hui, qui avant de commettre leurs crimes, même les plus révoltants les font toujours précéder de quelques jolis discours sur le bien général, l’ordre public et le soulagement des malheureux. Vous connaissez fort bien le formulaire dont ils ont fait si souvent et si perfidement usage14. Et bien, dans certains d’entre eux, il n’y a même plus de place à la finesse tant et si grande est leur impudence. Les rois l’Assyrie, et, après eux, les rois Mèdes, ne paraissaient en public que le plus tard possible, pour faire supposer au peuple qu’il y avait en eux quelque chose de surhumain et laisser en cette rêverie les gens qui se montent l’imagination sur les choses qu’ils n’ont point encore vues. Ainsi tant de nations, qui furent assez longtemps sous l’empire de ces rois mystérieux, s’habituèrent à la servir, et les servaient d’autant plus volontiers qu’ils ignoraient quel était leur maître, ou même s’ils en avaient un ; de manière qu’ils vivaient ainsi dans la crainte d’un être que personne n’avait vu.
[§ 24] Les premiers rois d’Égypte ne se montraient guère sans porter, tantôt une branche, tantôt du feu sur la tête : ils se masquaient ainsi et se transformaient en bateleurs. Et pour cela pour inspirer, par ces formes étranges, respect et admiration à leurs sujets, qui, s’ils n’eussent pas été si stupides ou si avilis, n’auraient dû que s’en moquer et en rire. C’est vraiment pitoyable d’ouïr parler de tout ce que faisaient les tyrans du temps passé pour fonder leur tyrannie ; combien de petits moyens ils se servaient pour cela, trouvant toujours la multitude ignorante tellement disposée à leur gré, qu’ils n’avaient qu’à tendre un piège à sa crédulité pour qu’elle vint s’y prendre ; aussi n’ont-ils jamais eu plus de facilité à la tromper et ne l’ont jamais mieux asservie, que lorsqu’ils s’en moquaient le plus15.
[§ 25] Que dirai-je d’une autre sornette que les peuples anciens prirent pour une vérité avérée. Ils crurent fermement que l’orteil de Pyrrhus, roi d’Épire, faisait des miracles et guérissait des maladies de la rate. Ils enjolivèrent encore mieux ce conte, en ajoutant : que lorsqu’on eût brûlé le cadavre de ce roi, cet orteil se trouva dans les cendres, intact et non atteint par le feu. Le peuple a toujours ainsi sottement fabriqué lui-même des contes mensongers, pour y ajouter ensuite une foi incroyable. Bon nombre d’auteurs les ont écrits et répétés, mais de telle façon qu’il est aisé de voir qu’ils les ont ramassés dans les rues et carrefours. Vespasien, revenant d’Assyrie, et passant par Alexandrie pour aller à Rome s’emparer de l’empire, fit, disent-ils, des choses miraculeuses16. Il redressait les boiteux, rendait clairvoyants les aveugles, et mille autres choses qui ne pouvaient être crues, à mon avis, que par des imbéciles plus aveugles que ceux qu’on prétendait guérir17. Les tyrans eux-mêmes trouvaient fort extraordinaire que les hommes souffrissent qu’un autre les maltraitât. Ils se couvraient volontiers du manteau de la religion et s’affublaient quelquefois des attributs de la divinité pour donner plus d’autorité à leurs mauvaises actions. Entre autres, Salmonée, qui, pour s’être ainsi moqué du peuple auquel il voulut faire accroire qu’il était Jupiter, se trouve maintenant au fin fond de l’enfer où (selon la sibylle de Virgile qui l’y a vu) il expie son audace sacrilège :
Là des fils d’Aloüs gisent les corps énormes,
ceux qui, fendant les airs de leurs têtes difformes
osèrent attenter aux demeurent des Dieux,
et du trône éternel chasser le Roi des cieux.
Là, j’ai vu de ces Dieux le rival sacrilège,
pour arracher au peuple un criminel encens,
de quatre fiers coursiers aux pieds retentissants
attelant un vain char dans l’Élide tremblante,
une torche à la main y semaient l’épouvante :
insensé, qui, du ciel prétendu souverain
par le bruit de son char et de son pont d’airain
du tonnerre imitait le bruit inimitable !
mais Jupiter lança le foudre véritable,
et renversa, couvert d’un tourbillon de feu,
le char, et les coursiers, et la foudre et le Dieu :
son triomphe fut court, sa peine est éternelle.
(Traduction de l’Énéide, par Delille, liv. 6.)
si celui qui n’était qu’un sot orgueilleux, se trouve là-bas si bien traité, je pense que ces misérables qui ont abusé de la religion pour faire le mal, y seront à plus juste titre punis selon leurs œuvres.
[§ 26] Nos tyrans à nous, semèrent aussi en France je ne sais trop quoi : des crapauds, des fleurs de lys, l’ampoule, l’oriflamme. Toutes choses que18, pour ma part, et comme qu’il en soit, je ne veux pas encore croire n’être que de véritables balivernes, puisque nos ancêtres les croyaient et que de notre temps nous n’avons eu aucune occasion de les soupçonner telles, ayant eu quelques rois, si bons en la paix, si vaillants en la guerre, que, bien qu’ils soient nés rois, il semble que la nature ne les aient pas faits comme les autres et que Fieu les ait choisis avant même leur naissance pour leur confier le gouvernement et la garde de ce royaume19. Encore quand ces exceptions ne seraient pas, je ne voudrais pas entrer en discussion pour débattre la vérité de nos histoires, ni les éplucher trop librement pour ne point ravir ce beau thème, où pourront si bien s’escrimer ceux de nos auteurs qui s’occupent de notre poésie française, non seulement améliorée, mais, pour ainsi dire, refaite à neuf par nos poètes Ronsard, Baïf et du Bellay, qui en cela font tellement progresser notre langue que bientôt, j’ose espérer, nous n’aurons rien à envier aux Grecs et aux Latins, sinon le droit d’aînesse. Et certes, je ferais grand tort à notre rythme (j’use volontiers de ce mot qui me plaît) car bien que plusieurs l’aient rendu purement mécanique, je vois toutefois assez d’auteurs capables de l’anoblir et de lui rendre son premier lustre : je lui ferais, dis-je, grand tort, de lui ravir ces beaux contes du roi Clovis, dans lesquels avec tant de charmes et d’aisance s’exerce ce me semble, la verve de notre Ronsard en sa Franciade. Je pressens sa portée, je connais son esprit fin et la grâce de son style. Il fera son affaire de l’oriflamme, aussi bien que les Romains de leurs ancilles et des boucliers précités du ciel dont parle Virgile. Il tirera de notre ampoule un aussi bon parti que les Athéniens firent de leur corbeille d’Erisicthone20. On parlera encore de nos armoiries dans la tour de Minerve. Et certes, je serais bien téméraire de démentir nos livres fabuleux et dessécher ainsi le terrain de nos poètes. Mais pour revenir à mon sujet, duquel je ne sais trop comment, je me suis éloigné, n’est-il pas évident que, pour se raffermir, les tyrans se sont continuellement efforcés d’habituer le peuple non seulement à l’obéissance et à la servitude, mais encore à une espèce de dévotion envers eux ? Tout ce que j’ai dit jusqu’ici sur les moyens employés par les tyrans pour asservir, n’est guère mis en usage par eux que sur la partie ignorante et grossière du peuple.
1. [Note du transcripteur] Ce n’est pas dans le livre : Des maladies que cite La Boétie mais bien dans un autre intitulé : Sur les airs, les eaux et les lieux, et dans lequel Hippocrate dit (§ 41) « Les plus belliqueux des peuples d’Asie grecs ou barbares, sont ceux qui, n’étant pas gouvernés despotiquement, vivent sous des rois absolus, ils sont nécessairement fort timides. » On trouve les mêmes pensées plus détaillées encore, dans le § 40 du même ouvrage. 2. [Note du transcripteur] Une maladie pestilentielle s’étant répandue dans les armées d’Artaxerxès, roi de Perse, ce prince, conseillé de recouvrir dans cette occasion à l’assistance d’Hippocrate, écrivit à Hystanes, gouverneur de l’Hellespont pour le charger d’attirer Hippocrate à la cour de Perse, en lui offrant autant d’or qu’il voudrait, et en l’assurant, de la part du roi, qu’il irait de pair avec les plus grands seigneurs de Perse Hystanes exécuta ponctuellement cet ordre ; mais Hippocrate lui répondit aussitôt : « qu’il était pourvu de toutes les choses nécessaires à la vie, et qu’il ne lui était pas permis de jouir des richesses des Perses, ni d’employer son art à guérir des barbares qui étaient ennemis des Grecs. » La lettre d’Artexerxès à Hystanes, celle d’Hystanes à Hippocrate, d’où sont tirées toutes ces particularités, se trouvent à la fin des œuvres d’Hippocrate. 3. [Note du transcripteur] Voir : Réflexions sur le trait de désintéressement d’Hippocrate. 4. [Note du transcripteur] Hiéron ou Portrait de la condition des rois. Coste a traduit cet ouvrage et l’a publié en grec et en français avec des notes, Amsterdam, 1771. 5. [Note du transcripteur] Ce bon Étienne est bien généreux d’interpréter ainsi les intentions de nos monarques. S’il avait vu les Suisses du fameux Charles X tirant sur le peuple de Paris, il n’aurait pas dit certes que ces bons Suisses étaient là pour épargner les sujets. 6. [Note du transcripteur] Térence, Eunuq., act. 3, sc. I, v. 25. 7. [Note du transcripteur] Eh ! que n’avons-nous pas vu de nos jours en ce genre ? Les Osages et la girafe ; les Bâfres des Champs-Élysées où l’on a fait tant de fois des distributions de vin, de jambons et de cervelas ; les parades et les revues ; les mâts de cocagne et les ballons ; les joutes et les représentations gratis ; les illuminations et les feux d’artifice ; les courses de chevaux au Champ de Mars ; les expositions aux musées ou dans les grands bazars d’industrie ; tout récemment encore le fameux et si coûteux vaisseau de carton ; et qui, certes n’étaient pas connues des anciens. 8. [Note du transcripteur] Réunion d’hommes du peuple, groupés et enrôlés de dix en dix, et nourris aux dépens du trésor public. 9. [Note du transcripteur] Titre de l’un des ouvrages de ce philosophe ; fiction, il est vrai, mais admirable, et qui pourrait se réaliser, si les hommes avaient tous la vertu du sage qu’il fait parler pour les instruire, du divin Socrate. 10. [Note du transcripteur] Monnaie d’argent chez les Romains dont la plus petite valeur était d’environ 5 fr. 50. 11. [Note du transcripteur] Cet historien dit : « La plus vile portion du peuple habituée aux plaisirs du cirque et des théâtres, les plus corrompus des esclaves et ceux qui, ayant dissipé leurs biens, avides de désordres, n’étaient substantés que par les vices de Néron, tous furent plongés dans la douleur. » 12. [Note du transcripteur] « Le jour des funérailles étant fixé, on lui éleva un bûcher dans le Champ-de-Mars, près du tombeau de Julie ; et vis-à-vis la tribune aux harangues un édifice doré sur le modèle du temple de Vénus-mère. On y voyait un lit d’ivoire couvert d’or et de pourpre, dont le chevet était surmonté d’un trophée et de la robe qu’il portait lorsqu’on le poignarda… Dans les jeux funéraires, on chanta des vers pour exciter la pitié pour César et l’indignation contre ses meurtriers… Pour tout éloge, Marc-Antoine fit prononcer par un hérault le senatus-consulte qui décernait à la fois à César tous les honneurs humains et divins et le serment par lequel ils s’étaient tous obligés à le défendre ; il n’y ajouta lui-même que peu de mots. Des magistrats en exercice ou sortis de fonctions portèrent le lit de parade dans la place publique ; les uns voulaient le brûler au Capitole, dans le sanctuaire de Jupiter, les autres dans la salle du sénat, bâtie par Pompée, lorsque tout à coup deux hommes, l’épée au côté, et armés de deux javelots, mirent le feu au lit avec des flambeaux. Aussitôt tous ceux d’alentour y entassèrent des branches sèches, les bancs, les sièges des juges et tous les présents qu’on avait apportés ; ensuite, les joueurs de flûte et les acteurs, dépouillant et déchirant les habits triomphaux dont ils s’étaient revêtus pour la cérémonie, les jetèrent dans la flamme ; les vétérans légionnaires y jetèrent les armes dont ils s’étaient parés pour les funérailles, et la plupart des dames, les ornements qu’elles portaient et ceux de leurs enfants. Le deuil public fut extrême ; la multitude des nations étrangères y prit part ; chacune d’elles fit à sa manière des lamentations autour du bûcher et surtout les juifs qui le fréquentèrent plusieurs nuits consécutives. » (Suétone, vie de César, § 84.) 13. [Note du transcripteur] Une colonne massive de près de vingt pieds, en pierres de Numidie, fut élevée ensuite dans la place publique avec l’inscription : Au Père de la patrie. (Suétone, vie de César, § 85.) 14. [Note du transcripteur] C’est La Boétie qui parle ; n’en doute nullement lecteur, et surtout, pas d’allusion… si tu le peux. 15. [Note du transcripteur] Oh ! pour le coup, on dirait que La Boétie écrivait d’avance l’histoire de ce qui se passe en certain pays depuis 1830 ! 16. [Note du transcripteur] « … Deux hommes du peuple, l’un aveugle et l’autre boiteux, vinrent le trouver sur son tribunal, pour le prier d’appliquer à leur infirmité le remède que Sérapis leur avait révélé en songe : le premier se promettant de recouvrer la vue si Vespasien crachait sur ses yeux ; et le second de ne plus boîter, s’il daignait lui toucher la jambe avec le pied. » (Suétone, vie de Vespasien, § 7.) 17. [Note du transcripteur] Et nos rois de France, qui valaient bien Vespasien, ne guérissaient-ils pas les écrouelles ? Ce charlatanisme a duré bien longtemps, car il était encore usité au sacre de Louis XV (voir Lemontey). À ces momeries en ont succédé bien d’autres qui, pour être moins grossières, n’en sont pas moins pernicieuses pour les pauvres peuples. 18. [Note du transcripteur] Par tout ce que La Boétie nous dit ici des fleurs de lys, de l’ampoule et de l’oriflamme, il est aisé de deviner ce qu’il pense véritablement des choses miraculeuses qu’on en conte. ET le bon Pasquier [note imbriquée : Ce bon Pasquier est un des ancêtres de Me Estienne Denis Pasquier, actuel président de la cour des pairs, qui mériterait bien une tout autre épithète, qui en mériterait même plusieurs autres, ne fut-ce que par la mystification à lui infligée trop débonnairement sans doute par le conspirateur républicain Malet, l’an 1812 ; la trahison de son maître l’empereur dans la nuit du 30 au 31 mars 1814 ; sa songerie cicéronienne à la chambre des députés (session 1819) où parlant des séditieux de l’opposition, il disait : s’ils bougent, ils auront vécu. Aujourd’hui, il fait pis que tout cela.] n’en jugeait point autrement que La Boétie : « Il y a en chaque république, nous dit-il (dans ses Recherches de la France, liv. VIII, C. XXI) plusieurs histoires que l’on tire d’une longue ancienneté, sans que le plus souvent l’on en puisse sonder la vraie origine ; et toutefois on les tient non seulement pour responsables, mais pour grandement autorisées et consacrées. De telles marques, nous en trouvons plusieurs tant en Grèce que dans la ville de Rome. Et de cette même façon nous avons presque attiré jusqu’à nous, l’ancienne opinion que nous eûmes de l’oriflamme, l’invention de nos fleurs de lys, que nous attribuons à la divinité, et plusieurs autres telles choses, lesquelles, bien qu’elles ne soient aidées d’auteurs anciens, il est bienséant à tout bon citoyen de les croire pour la majesté de l’empire. » Tout cela, réduit à sa juste valeur, signifie que c’est par pure complaisance qu’il faut croire ces sortes de choses. Dans un autre endroit du même ouvrage (liv. II ch. XVII) Pasquier remarque qu’il y a eu « des rois de France qui ont eu pour armoiries trois crapauds ; mais que Clovis », pour rendre son royaume plus miraculeux, se « fit apporter par un ermite, comme par avertissement du ciel, les fleurs de lys, lesquelles se sont continuées jusques à nous. » Ce dernier passage n’a pas besoin de commentaire. L’auteur y déclare fort nettement et sans détour à qui l’on doit attribuer l’invention des fleurs de lys. 19. [Note du transcripteur] Ce passage est l’unique précaution oratoire que La Boétie ait glissée dans son ouvrage, comme passeport aux vérités dures qu’il renferme. Je l’y ai fidèlement conservée. Au reste, cet ouvrage fut écrit sous le règne de François II ; il est toutefois possible que le souvenir récent de celui de Louis XII ait arraché cet hommage à l’auteur ; mais bien incapable d’apprécier à sa juste valeur ce fanfaron d’honneur, cet arlequin royal dont la phrase si vantée : tout est perdu fors l’honneur, se terminé par ce complément dégoûtant de fatuité… et surtout ma personne qui est sauve de tout danger. 20. [Note du transcripteur] Un habile traducteur anglais a donné sur ce passage une note très curieuse et très utile pour ceux qui ne sauraient point ce que c’est que la corbeille d’Erisicthone. La voici en substance : « Callimaque dans son hymne à Cérès, parle d’une corbeille qu’on supposait descendre du ciel et qui était portée sur le soir dans le temple de cette déesse, lorsqu’on célébrait sa fête. Suidas dit que la cérémonie des corbeilles fut instituée sous le règne d’Erisicthone.
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